Le Défi48, vécu.

Le Défi48, vécu.

Nous sommes enfin arrivés. Fébriles. Anxieux. Nerveux. Nous ne savons vraiment pas à quoi nous attendre. Personnellement, je m’y suis inscrit parce qu’un défi au cours duquel nous devons créer un produit ou un service, mettre sur pied notre entreprise, tout mettre en marché et conclure de véritables ventes, ça m’allume. Ça vient attiser ce qu’on appelle la fibre des affaires et je veux me prouver que je suis capable de mettre en branle tout le cycle de vie d’une entreprise en 48 heures. Après tout, si le Défi 48 existe, c’est que ça doit possible, tout ça.

Nous sommes répartis en équipe; je suis avec deux personnes que je connais un peu et deux personnes que je ne connais pas du tout. Nous devons élire le stratège, c’est-à-dire le membre de notre équipe qui restera au quartier général ou dans la salle de contrôle, avec les animateurs. Le stratège est celui qui recevra de plein fouet ce que les animateurs appellent les épreuves. Ce que j’en comprends, c’est que ce seront des obstacles fictifs mais crédibles et possibles que nous devrons surmonter, contourner ou carrément défoncer.

C’est parti. Pas évident, s’entendre, entre membres de l’équipe, quant à un produit ou à un service, quant au besoin à combler et au désir à attiser au sein de notre entourage, quant à la répartition des étapes qui s’imposent dans le cadre de sa conception et de sa mise à disposition. Il nous faire un canevas d’affaires, après être tombés d’accord. Public cible. Concurrence. Canaux de communication, de diffusion, de mise à disposition et de distribution/obtention. Alliés. Freins potentiels. Tout ça, en à peine deux heures. J’ai déjà accompli l’équivalent d’une semaine de travail et ce n’est pas même encore l’heure de dîner.

Les membres de mon équipe m’ont élu stratège, ce qui signifie, entre autres, que je dois endurer les animateurs et les autres stratèges. Pas facile, se concentrer quand tous les participants essaient d’être à l’affût de tout et que nous ne sommes, pourtant, en maîtrise de rien, sauf de notre produit ou de notre service. Je pense que ça avance bien, que l’équipe sur le terrain s’est très bien répartie la tâche, mais, coup de théâtre, les animateurs nous présentent, voire nous imposent une épreuve, ce que j’aime mieux appeler une collection de clous et de vis sous les pneus. Le classement qu’ils affichent environ toutes les quatre heures contribue aussi à nous éperonner. Ils m’exaspèrent, ces animateurs : on dirait qu’ils prennent plaisir, les irrévérencieux, à provoquer des crevaisons et à cacher le cric et le pneu de secours. Mais pas le temps de m’apitoyer et de laisser tomber mon équipe, notre produit et toute la clientèle qui en profitera !

Ça se déroule comme ça pendant deux jours complet. Nous mangeons quand nous le pouvons, c’est-à-dire si coïncident le moment où nous y pensons et le temps dont nous disposons alors. Nous n’avons à peu près pas dormi. Nous avons travaillé au-delà de la clôture officielle de la première journée, pour prendre de l’avance, pour que tout soit à point et prêt à diffuser et à vendre dès le début, qui arrive très tôt, de la seconde journée. Des clients comptent sur nous : les attentes sont déjà élevées !

Tout bat son plein. Bien sûr, il y a les contretemps techniques d’usage, quelques clients que nous avons peine à joindre et qui ne répondent pas nécessairement avec diligence et une part de ce que nous avions développé qui ne semble pas trouver preneur. Nous avons appris que nous offrions trop d’options, que nous n’étions pas assez clairs avec les clients et les clients potentiels et que nous ne pouvons dépendre de la technologie sans plan de contingence et sans stratégie de rechange. Bref, tout ne va pas comme sur des roulettes; à vrai dire, les seuls, rares soulagements que nous avons, très répartis dans le temps, ne durent que pour un maximum de 30 minutes à la fois. Cela dit, c’est capotant, hallucinant, désaxant : on se découvre, en 48 heures, plus qu’on ne l’aurait fait en un an entier.

Il n’en demeure pas moins qu’il y a les fameuses épreuves, ces entraves toujours intempestives que présentent les animateurs à intervalle d’environ deux heures, même si on dirait qu’il y en a une toutes les 15 minutes. Au moment où on se dit qu’on a enfin repris notre erre d’aller, voilà, un autre détour ou un autre poste d’inspection, un autre déversement de clous et de vis, un autre poteau complet entre les rayons de la roue. Je ne veux quand même pas vous vendre la mèche : il n’en tient qu’à vous de vous inscrire au Défi48 pour véritablement éprouver, subir et vaincre ces situations de fond en comble. Je peux toutefois vous dire qu’on ne pense jamais à la possibilité qu’elles ne frappent pas vraiment l’économie et la politique mondiales, comme le prétendent les animateurs, que les clients qu’ils caricaturent en soi-disant personnages existent peut-être mais pas assurément, que les primeurs en matière de relations internationales sont tellement plausibles que nous nous y soumettons sans poser de question. Je pense que ce qui nous motive, c’est de se prouver que nous sommes en mesure de tout surmonter, de tout relever, de tout vaincre, pour être prêt quand ça se produira, non pas si ça se produit.

Nous avons beau avoir mis tout ça sur pied, avoir créé, produit, développé, diffusé, vendu et poursuivi au-delà de la vente, il reste que nous effectuons un retour sur ce que nous avons appris, acquis, risqué et établi entre chacun de nous et en notre propre for intérieur. Je me dis que nous devenons entrepreneurs à l’égard de notre création et de sa mise en marché, certes, mais aussi en dépit de toutes les circonstances qui ont un impact sur l’économie mondiale. Et nous faisons partie intégrante du monde des affaires.